Né en 1988, diplômé d'ingénierie, rien ne me prédestinait aux geôles et à la clandestinité.
J'avais un parcours académique solide au Cameroun : des études d'ingénieur chimiste, un avenir professionnel qui semblait tracé. Rien dans cette trajectoire ne prévoyait la torture, l'exil, ou la plonge dans les cuisines parisiennes.
La rupture brutale de l'insouciance
La maturité, pour la plupart des gens, arrive progressivement — un premier emploi, une première responsabilité, un premier deuil. Pour moi, elle est arrivée en un seul choc : l'accident à l'acide de mon père, suivi du licenciement abusif, de l'engagement politique, puis des incarcérations. Il n'y a pas eu de transition douce entre l'étudiant que j'étais et l'homme obligé de survivre dans une cellule du SED.
Conserver la clarté morale sous la pression
La question centrale de ce chapitre n'est pas seulement biographique. Elle s'adresse à toute personne, jeune ou non, confrontée à un effondrement brutal de ses repères : comment reste-t-on soi-même, moralement, quand tout autour de vous s'écroule ? J'ai vu des compagnons de route perdre leur intégrité face à la pression — voler, mentir, abandonner d'autres en danger. J'ai choisi, autant que possible, de ne pas devenir cela, même lorsque cela aurait été plus facile.
« Passer des bancs d'ingénierie au Cameroun à la clandestinité brutale : l'apprentissage accéléré de la maturité et du discernement sous la pression du destin. »
Une leçon pour la jeunesse d'aujourd'hui
Je ne souhaite ce chemin à personne. Mais si mon histoire peut servir à quelque chose, c'est à rappeler que la maturité véritable ne se mesure pas en années vécues, mais en choix faits sous la pression la plus extrême — et qu'il est possible, même dans ces conditions, de rester digne.