Se taire, c'est laisser les bourreaux et l'oubli remporter la dernière manche.
On m'a parfois demandé s'il n'aurait pas été plus simple de tourner la page sans l'écrire. La réponse est non — et pas seulement pour des raisons personnelles.
Le devoir de mémoire face à l'oubli
Les systèmes qui torturent, emprisonnent arbitrairement et poussent des hommes à l'exil comptent sur une chose : le silence des survivants. Le silence permet à l'injustice de se répéter sans témoin, génération après génération. Chaque histoire non racontée est une victoire supplémentaire pour ceux qui ont infligé la souffrance.
Transformer la chair meurtrie en verbe universel
Écrire les neuf mois de détention au SED, la traversée de la Méditerranée, la disparition de ma petite sœur Doline en mer, n'a rien eu d'un exercice cathartique facile. Chaque chapitre a rouvert des blessures que je croyais refermées. Mais transformer cette douleur brute en récit structuré, avec un début, un milieu et une direction, c'est reprendre le contrôle sur des événements qui, autrement, continuent de vous posséder.
Pour qu'aucun naufrage ne soit vain
Les statistiques sur les traversées de la Méditerranée restent abstraites pour la plupart des lecteurs — des chiffres, des pourcentages. Un récit incarné, avec des noms, des visages, des voix, transforme l'abstraction en réalité qu'on ne peut plus ignorer. C'est peut-être la seule vraie utilité de la littérature de témoignage : rendre impossible de détourner le regard.
« Chaque mot de WHAT NEXT ? a été pesé avec la précision de l'ingénieur chimiste et la passion de l'artisan pour offrir un témoignage authentique, exempt de toute falsification. »
Certaines histoires ne sont pas racontées pour plaire. Elles sont racontées pour que d'autres n'aient pas à les vivre seuls, dans le silence.
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